VOUS AVEZ DIT: HANDICAPE??????

   Montaigne : « La vraie philosophie est celle qui nous instruit à vivre ».

A VOUS MES CHERS HANDICAPES, A VOTRE GRANDE  FORCE ET SAGESSE

MAIS

ENTRE CE QUI SE VOIT OU PAS

 QUI NE L'EST PAS????

 

 

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500010&bcid=180725&vid=4313254&channel=TSR1#=undefined;vid=4313254

http://www.alexandre-jollien.ch/biographie.htm




Essai


Le métier d'homme ...



La force du faible
Alexandre Jollien a subi - disons-le ainsi - un accident de naissance. Strangulé par son cordon ombilical, il a brièvement mais trop longuement rencontré la mort dans ces minutes inaugurales consacrées d'habitude à l'épiphanie de la vie. L'oxygène ayant manqué au cerveau, il porte en lui, avec lui, dans le creux de sa matière grise, la trace du souffle de la mort qui, jour après jour, dans le détail, se manifeste dans une démarche, une élocution et des gestes qui ne ressemblent pas à ceux des autres. Pas plus que son intelligence, d'ailleurs, ne ressemble à celle des autres: affûtée, pointue, vive, exercée, habile, et pour cause, elle soulève le moindre signe sous la pierre et décode le plus petit souffle de sens là où il se trouve. Débordant un corps répondant plus lentement aux sollicitations du monde, Alexandre Jollien déploie une pensée claire, lucide et voyante.

Ce jeune voleur de feu aux membres gourds propose un nietzschéisme qui, sans en avoir l'air, surclasse les lectures fautives de ceux qui clament haut et fort leur refus du philosophe à l'aigle (pour la clairvoyance du regard) et au serpent (pour le ventre au contact de la terre, du réel et du monde). Loin du nietzschéisme caricaturé en philosophie de la brutalité, de l'immoralité et l'inhumanité, Alexandre Jollien affirme un nietzschéisme de la douceur, de la morale et de l'humanité - des vertus partout présentes chez le penseur allemand. Douceur qui appelle la force et, donc, refuse la violence; morale qui surclasse la moraline au nom d'une Ethique plus exigeante; humanité qui dépasse l'humanisme des bonnes intentions au nom au profit d'une autre considération des hommes. Car Nietzsche inaugure en philosophie le projet de rompre avec la haine de la vie infusée par le judéo-christianisme dans notre Occident fatigué. Et Alexandre Jollien, qui plus que tout autre pourrait en vouloir à la vie, ne pas l'aimer et se réfugier dans les vertus qui rapetissent, ne cesse de transfigurer son hapax existentiel - cette occurrence corporelle à partir de laquelle s'agence toute une vie - en occasion de paix, de sérénité et de joie. Dans ce Métier d'homme, l 'écriture transfigure la douleur en or pur d'une confession, au sens augustinien, puis elle contribue à l'événement d'une parole libre, singulière, subjective, donc universelle. Loin d'être haïssable, le Je devient ici la matière du monde et le moyen d'un salut païen.

Alexandre transforme cette faiblesse dite par les autres en une force formulée par lui. retournant comme un gant le regard du tiers, dur souvent, méprisant parfois, négateur fréquemment, faussement oublieux ou vainement compassionnel, il porte un regard sur le réel qui contraint les plus arrogants à renoncer à leur morgue. Oeil de chirurgien, d'anatomiste, oeil d'entomologiste et de légiste, oeil de moraliste - celui des grands fauves de la psychologie au format de Chamfort -, oeil de fort qui s'appuie sur la faiblesse pour transfigurer cette géographie des abîmes en cime où se retrouve Zarathoustra cheminant dans l'azur, l'oeil d'Alexandre Jollien dispose d'une authentique pupille du philosophe.

Il affirme l'inanité du dualisme platonicien: il n'y a pas de corps (détestable) d'un côté et l'âme (vénérable) de l'autre, car le corps, c'est l'âme - l'âme, c'est le corps. Sa philosophie procède donc de cette idiosyncrasie personnelle, subjective: confession d'un corps, autobiographie de toute pensée, aveux d'une chair, écriture de soi avec son sang. On n'échappe pas au généalogies corporelles ... Je pense ce que je suis et rien d'autre ne paraît possible, pensable ou envisageable. Et ce que je suis fournit ensuite matière à ce que je pense. Cogito existentiel imparable et irréfutable, matière première de toute entreprise philosophique.

Ce livre court, dense, maigre (pas d'artifices de style ou d'écriture, le geste même d'écrire lui est pénible) - debussyste pourrait ton dire -, formule un genre de version post-moderne du stoïcisme. Un genre de sur-stoïcisme - s'il fallait parler en terme nitzschéens - dont les caractères sont :

une absence de haine (de soi, des autres et du monde); pas de traces de ressentiment (contre qui ou quoi que ce soit); nulle colère (contre Dieu, le destin, la fatalité, la médecine ou le sort); mais une immense, une incroyable adhésion à la vie, une coïncidence viscérale avec ce qui est :

la malédiction d'une faiblesse infligée devient la chance d'une force crée.

Alexandre Jollien donne ici la formule inaugurale d'un genre de relecture des sagesses du Portique.ne

Michel Onfray



Le livre "Le métier d'homme" est disponible en librairie ...

 

 

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