SOJA, MENSONGES, SALADES ou VERITE

Soja : vérités et mensonges

 

Suite à mes articles sur le soja, le naturopathe Eric Darche m’avait contacté et publié ce commentaire qui reprend quelques unes des allégations anti soja émanant de Sally Fallon et Mary Enig de la Weston A. Price Foundation (WAPF). Il m’a proposé d’analyser ce texte et dit qu’il publierait ma réponse sur son site. 

D’après mes recherches, les dangers supposés du soja ont été pour la plupart largement surestimés et ont été présentés parfois de façon si sensationnelle qu’ils ont pu susciter de vives inquiétudes chez certaines personnes qui en consommaient.

Du moins en Occident, car cette polémique n’a absolument pas touché les Asiatiques qui en consomment en quantité quotidiennement depuis des milliers d’années.

Fermenté ou pas : le soja est-il toxique pour l’être humain ? C’est ce que nous allons voir ensemble, même si cette légumineuse semble loin d’avoir livré tous ses secrets à la science.

Avant de commencer, que personne ne se méprenne sur mon propos, il est parfaitement clair pour moi que chacun est libre de consommer et d’apprécier le soja ou non, ce n’est pas le sujet, je n’ai aucun lien avec les producteurs de soja, ni aucun intérêt à le promouvoir. Ma démarche, sincère, est celle d’un citoyen soucieux des questions de santé et de nutrition et qui s’informe.

Mon vœu est que chacun puisse se faire sa propre opinion sur le soja sur la foi d’informations fiables et non de ragots pseudo-scientifiques.

Pour ce faire, j’ai repris une à une les allégations citées dans le texte et j’ai fait les recherches nécessaires afin de vérifier si elles étaient fondées ou non… C’est ce travail qui m’a pris pas mal de temps, que je partage avec vous et que je vous propose de vérifier par vous-même. 

 

Allégation  n° 1

D’après une étude publiée par le Lancet en 1997, le seul fait de boire 2 verres de lait de soja par jour est suffisant pour perturber le cycle menstruel des femmes.

En 1997, le Lancet a publié deux études en rapport avec ce sujet, l’une sur les phytoestrogènes et le cancer du sein, l’autre sur l’exposition aux phytoestrogènes des bébés nourris avec une formule infantile à base de soja

Aucune de ces deux études n’aborde le cycle menstruel des femmes, la première étude établit qu’une réduction substantielle du risque du cancer du sein est constatée chez les femmes ayant un apport élevé de phytoestrogènes, tandis que la seconde porte sur les formules infantiles à base de soja.

S’agit-il d’un mauvais copier-coller de la part des auteurs ? D’un manque de rigueur ? En tout cas, cela démarre mal et cela augure de la suite…

Les auteurs ont certainement voulu faire allusion à cette étude (Nagata et al., 1998, Journal of National Cancer Institute) où il a été constaté que les femmes japonaises qui ont consommé 400 ml de lait de soja sur une période couvrant trois cycles consécutifs, ont vu leur cycle allongé de deux jours (ce qui ne veut pas dire « perturbé ») ainsi que la diminution de leur concentration plasmatique d’œstrogènes d’un quart, ce que la WAPF se garde bien de préciser.

L’allongement du cycle menstruel n’est pas une « perturbation » et a pour effet au contraire de réduire l’imprégnation aux œstrogènes endogènes sur l’ensemble de la vie et par conséquent réduit potentiellement le risque de cancer du sein. Il eut été apprécié que la WAPF qui a lancé cette allégation poursuive son analyse correctement et honnêtement et précise cette nuance de taille.

Allégation n° 2

Le plasma des enfants nourris au lait maternisé à base de soja contient de 13.000 à 22.000 fois plus d’œstradiol (œstrogène ou hormone féminine) que le plasma des enfants nourris au lait de vache maternisé.

C’est bien entendu la concentration plasmatique en isoflavones (et non en oestradiol, heureusement…) qui serait 13.000 à 22.000 fois plus élevée chez les enfants nourris au lait maternisé à base de protéines de soja. Cette confusion dénote une certaine méconnaissance du sujet par ses auteurs.

Ce qu’il faut savoir au sujet des isoflavones du soja (génistéine, daidzéine, glycitéine), c’est :

  1. leur activité oestrogénique est 1.000 à 10.000 fois moins puissante que celle de l’oestradiol
  2. seuls 0 à 3% de ces isoflavones circulants sont sous forme biologique active
  3. les nourrissons qui consomment des préparations à base de soja ne les accumulent pas dans leur plasma.

Source : Article de A. Leung et A. Otley de la Société canadienne de pédiatrie :  »Des inquiétudes au sujet de l’utilisation des préparations à base de soja pour l’alimentation des nourrissons » (février 2009).

Par ailleurs, selon une étude américaine conduite par Klein KO en 1998, la littérature scientifique ne fournit aucune preuve d’effets hormonaux chez l’être humain, qui soient induits par la consommation de formules à base de soja. La croissance des enfants est tout à fait normale. Aucune modification de l’âge de la puberté ni de problème de fécondité n’ont été rapportés chez les adultes ayant consommé enfants des formules à base de soja. En conséquence, les préparations pour nourrissons à base de soja demeurent une option nutritionnelle complète et sans danger pour la plupart des nourrissons.

Allégation n° 3

De nombreux végétaux comestibles contiennent des phytoestrogènes, mais leur concentration en hormone oestrogénique est dix mille fois moindre que dans le soja.

Cette phrase ne veut rien dire : aucun végétal ne contient d’ « hormone oestrogénique ». Il faut rappeler que de très nombreux végétaux contiennent des phytoestrogènes et en quantité : le houblon, le fenouil, le lin, la luzerne, le trèfle rouge et la réglisse (cf. rapport sur les phytoestrogènes de l’AFSSA, 2005) mais aussi la sauge, l’angélique, le fenugrec, etc. (page 5 de ce diaporama du Dr Laurent Chevalier).

A titre d’exemple, voici les teneurs en phytoestrogènes de différents végétaux :

Teneur phytoestrogènes

(source)

Allégation n° 4

Un bébé nourri exclusivement de lait de soja reçoit l’équivalent en oestrogènes (proportionnellement au poids de corps) d’au moins cinq pilules contraceptives par jour, ce qui entraîne une puberté précoce chez les filles.

Pour information, le soja ne contient pas d’oestrogènes mais des phytoestrogènes, cf. réponse à l’allégation n°2. Il s’agit de molécules qui ont une structure proche des oestrogènes, avec qui elles entrent en concurrence, en se fixant sur certains de leurs récepteurs. Les phytoestrogènes ont avec les oestrogènes tantôt un effet antagoniste, tantôt un effet agoniste. C’est en raison de ce rôle de régulateur hormonal qu’on les désigne sous le nom de phyto-SERM (Selective Estrogen Receptor Modulators).

Au 3e colloque « Un autre regard sur le cancer » du 29/09/2012 organisé par l’oncologue Jean-Loup Mouysset, le Pr. Vincent Castronovo a donné une conférence intitulée « Les phytoestrogènes dérivés du soja, ami ou ennemi des cancers hormono-dépendants : le vrai, le faux et le douteux ! ».

Sa conclusion est la suivante : « la consommation du soja en tant qu’antagoniste réduit le risque de cancers hormono-dépendants grâce, notamment, à la génistéine, proche de l’oestradiol sur un plan chimique, et qui se fixe sur certains récepteurs à oestrogènes. Il existe à ce jour 2.313 publications dont aucune ne montre que le soja et les produits dérivés soient susceptibles de stimuler le développement du cancer.

En revanche, bon nombre d’études démontrent leurs effets positifs : réduction de 29% des risques de décès – notez que les chimiothérapies ont un potentiel de cet ordre – allant de 30 à 60% suivant les situations ; effet positif sur tous types de cancers ; 32% de risque de récidive en moins ; action bénéfique sur les effets secondaires des traitements ; leur consommation à partir de la puberté réduit de 60% le risque de cancer du sein. Mais il est impératif d’avoir une bonne flore intestinale pour rendre la génisteine active. En pratique, la consommation de soja – origine biologique- sous forme de lait de soja, tofu ou miso est recommandée au moins 3 fois par semaine. (source)

Allégation n° 5

Chez les garçons, le soja multiplie par cinq les risques d’anomalies du pénis, lorsque la mère a usé largement du soja pendant sa grossesse.

Quelles sont les références scientifiques établissant ce risque d’anomalie du pénis qui serait multiplié par cinq chez les enfants nés de mère ayant consommé largement du soja ?

Allégation n° 6

Le soja est fortement déconseillé pour les bébés. En cas d’allergie aux protéines du lait de vache, ne pas lui substituer du lait de soja : cette légumineuse fait partie des allergènes reconnus. Le soja est déconseillé aux enfants en général, surtout au-dessous de trois ans ; ensuite, on peut en proposer, ni trop, ni trop souvent.

Pour clore ce chapitre sur les nourrissons, on peut citer cette phrase extraite de l’article de société canadienne de pédiatrie : « l’expérience pratique révèle que les millions de nourrissons qui ont consommé ces produits depuis les années 1960 semblent avoir grandi et atteint une maturité normale. »

J’ai par ailleurs interrogé le Dr Eric Ménat, médecin-homéopathe spécialisé en nutrition, qui connaît bien le soja.

Question : Avez vous constaté des problèmes particuliers tels que puberté précoce ou féminisation des garçons, parmi les enfants que vous avez suivis et à qui vous aviez prescrit quand ils étaient bébés du lait infantile à base de soja ?

Dr Ménat : Non, absolument pas, mais l’expérience d’un seul médecin ne fait pas une preuve et encore moins une statistique fiable. Et surtout, lorsque je dois donner du soja à un bébé pour des raisons d’intolérance au lait de vache, j’essaye aussi de diversifier l’alimentation dès que possible pour éviter une alimentation exclusivement à base de soja.

Question : Combien d’enfants nourris au lait infantile à base de soja avez vous suivis ?

Dr Ménat : Entre 100 et 200 probablement.

Question : Selon les informations dont le corps médical dispose aujourd’hui, pensez vous que les produits à base de soja (jus, yaourts, tofu) puissent présenter un danger pour la sante humaine ?

Dr Ménat : Si vous posez la question comme cela, je répondrai non sans hésiter. il n’y a pas de « danger » pour la sante. Cela dit, il faut moduler la réponse car « sans danger » ne veut pas dire qu’il faut en consommer sans modération. Le soja n’est ni un bon ni un mauvais aliment. consommer un produit a base de soja par jour ne comporte aucun risque, même chez une personne ayant eu un cancer du sein. Pour moi, le principal problème réside dans le fait que le soja, en France, se trouve trop souvent dans des aliments « industriels » et dans des produits trop sucres ou comportant des additifs. Le tofu, 1 a 2 fois par semaine est sans souci. Si vous aimez le miso, consommez-en régulièrement. Un peu de lait de soja pour vos céréales est sans risque, mais je suggère de varier les laits végétaux et de ne pas utiliser exclusivement le soja. Attention par contre aux yaourts de soja qui contiennent parfois trop de sucre et des épaississants.

Le soja reste un légume sec et on connait des personnes qui ont des troubles intestinaux quand ils consomment du soja. on a décrit aussi une possible hypothyroïdie chez les forts consommateurs de soja. Reste la question éternelle de la présence d’ »hormones » dans le soja. C’est une réalité chimique, mais en pratique quotidienne, cela a peu de conséquences quand on consomme du soja alimentaire sans excès. On est même à peu près sûr que les femmes qui consomment régulièrement du soja avant la ménopause font moins de cancers du sein.

On restera prudent sur les excès de soja chez les petits garçons, mais il faudrait boire ½ litre de lait et consommer 2 a 3 yaourts par jour pour que cela puisse avoir des conséquences sur la puberté.

Les xénoestrogènes de notre environnement comme les paraben, certains pesticides ou le bisphénol A font bien plus de dégâts que le soja sur l’état hormonal de nos concitoyens.

Le Dr Eric Ménat est l’auteur du  »Dictionnaire pratique de la diététique » aux éditions Grancher et de « Bien manger pour bien grandir : l’alimentation de l’enfant de 0 à 12 ans » aux éditions Alpen. Lire aussi ce dossier de l’Association française de médecine orthomoléculaire : « Soja et Phytoestrogènes« 

Allégation n° 7

Il est conseillé de manger du soja uniquement fermenté, si l’on souhaite en consommer un peu.

Quelle est l’explication permettant d’affirmer que seul le soja fermenté puisse être consommé ?

Voici ce qu’en pense le Dr Weill : « Je suis conscient de la paranoïa d’Internet sur le thème de soja et l’argument selon lequel seul le soja fermenté se devrait, par sécurité, d’être consommé. Ce n’est tout simplement pas vrai. Certaines des meilleures formes de soja telles l’edamame, le tofu et les noix de soja sont non fermentées et sont beaucoup plus susceptibles de vous aider que de vous nuire. »

Allégation n° 8

Le soja est aussi déconseillé aux femmes ayant eu des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein. En effet, chez les souris, les isoflavones peuvent favoriser le développement de tumeurs.

C’est bien là le problème, cette préconisation d’éviction du soja chez les femmes ayant eu un antécédent de cancer se fonde sur une étude chez les… souris ! En revanche, ce que l’on sait d’après une étude récente, c’est que le soja protège contre la récidive du cancer du sein (cf. 2e partie de cet article).

De même, selon le Centre de recherches contre le cancer Fred Hutchinson, il n’a jamais été démontré que le soja puisse causer le cancer chez l’Homme. Au contraire, les études sur le soja ont montré :

  • un effet protecteur du soja contre le cancer,
  • moins de récidives du cancer, ou
  • un effet neutre

Il n’y a jamais eu de corrélation directe entre le soja et le cancer, annoncer le contraire est de la désinformation !

Allégation n° 9

L’adulte pourra en consommer, sous forme fermentée de préférence, de temps à autre, et modérément, quelques fois par mois au maximum.

De quelles études tirez-vous cette recommandation nutritionnelle aussi vague qu’inapplicable ? Existe t-il d’ailleurs un aliment qu’il est recommandé de consommer de façon immodérée ? Même l’eau, à haute dose, peut tuer…

Allégation n° 10

Michel Dogna précise que, d’après certaines études, il semble que les personnes mangeant, ne fût-ce que deux ou trois fois par semaine, une portion normale de tofu, présentent un rétrécissement accéléré du cerveau joint à une diminution des fonctions cognitives.

Après quelques recherches, il s’avère que cette hallucinante histoire de rétrécissement du cerveau imputée au soja trouve sa source dans l’étude « Honolulu-Asia Aging Study », conduite par le Dr Lon R. White et publiée en 2000 dans le Journal of the American College of Nutrition. Cependant, la méthodologie de cette étude présente d’énormes faiblesses et a été amplement décriée et remise en cause, notamment en raison de l’exploitation erronée des données manquantes et de l’insuffisante prise en compte de facteurs de confusion. La revue a même dû publier une lettre « droit de réponse » dans laquelle des chercheurs de l’Université d’Hawaï et du Centre de recherches sur le cancer d’Hawaï ont exprimé leur doute quant à la valeur de cette étude, dont les résultats n’ont d’ailleurs jamais été depuis corroborés par une autre étude.

Par ailleurs, le Dr Lon R. White a lui même reconnu que des recommandations nutritionnelles sur la base de son étude étaient prématurées ou précipitées, ce qui ne veut pas dire non plus, selon lui, que les produits à base de soja puissent être consommés en grande quantité sans risque.

Allégation n° 11

D’autres études datant de 1986, auraient prouvé que l’ingestion régulière de soja peut mener à de sérieux problèmes neurologiques et entraîner des troubles émotionnels, allant de la mauvaise humeur à la dépression chronique ou permanente.

De quelles études s’agit-il ?

Allégation n° 12

Les Chinois et les Japonais utilisent surtout le soja comme condiment et non comme substitut des protéines animales. Un Français particulièrement friand de produits au soja en avalera davantage que la moyenne des Asiatiques. Les Japonais, les plus gros consommateurs du continent, ingèrent en moyenne 45 mg d’isoflavones par jour (oestrogène). C’est moins que la quantité que l’on trouve dans un seul steak végétal ou un bol de « tonyu » (lait de soja).

Le soja utilisé comme un condiment, c’est-à-dire comme la moutarde en France ? Encore de la désinformation. Selon cette source, les Japonais, qui au passage ne consommaient pas de viande avant l’occupation américaine, sont les plus gros consommateurs au monde de produits à base de soja (tofu, sauce soja, edamame, miso, natto). Ils en consomment en moyenne 24,3 kg par an, soit près de 500 g par semaine. Mangez-vous 500 g de moutarde par semaine ?

Par ailleurs, les Japonais consomment plutôt en moyenne 200 mg d’isoflavones par jour,  (Dr Michèle Serrand in « La nouvelle ménopause », extrait), voire 400 mg (Dr David Elia in « Tout sur les phytoestrogènes de soja »)

Les Japonais de l’île d’Okinawa détiennent le record mondial de longévité et avec une incidence moindre de déclin cognitif tel Alzheimer et consomment encore plus de soja que leurs concitoyens.

Une nouvelle fois, la WAPF est prise en flagrant délit de mensonge : dire que les Asiatiques consomment très peu de soja est de la désinformation.

Allégation n° 13

Les aliments modernes commercialisés à base de soja en dénaturent les protéines et augmentent le taux de carcinogènes.

Quelles les sources permettant de justifier ces allégations SVP ?

Allégation n° 14

Le soja est à consommer de préférence fermenté sous forme de : miso, tempeh, natto, shoyu (sauce soja), tamari. En effet la fermentation permet de détruire la quasi-totalité des toxiques du soja.

Idem allégation n° 7. La fermentation inactive les facteurs antinutritionnels présents naturellement dans le soja et les céréales tel l’acide phytique, qu’on ne peut pas à proprement parler de toxique.

Allégation n° 15

Eléments toxiques du soja :

• facteur d’agrégabilité plaquettaire ;

• facteur antithyroïdien, facteur anti-croissance ;

• facteur antri-trypsinogène (qui entrave la bonne digestion des protéines), toxique pour le pancréas et anti-croissance ;

• grande richesse en acide phytique inhibant l’absorption des minéraux et des oligo-éléments, en particulier le zinc ;

• action stéatogène (dépôts d’acide gras) au niveau hépatique.

Quelles sont les sources documentées venant étayer ces allégations ? Je vais essayer d’expliciter un peu.

- Les lectines ou hémagglutines sont des protéines largement répandues dans le règne végétal. Elles se lient avec des molécules contenant des glucides et ont la capacité d’agglutiner les globules rouges de diverses espèces animales. La lectine de soja est l’un des plus importants facteurs antinutritionnels thermolabiles (i.e. inactivés à la chaleur), après les inhibiteurs trypsiques.

Selon cette étude mexicaine, des chercheurs ont mesuré la teneur en lectine active dans plusieurs produits transformés à base  de soja. Les taux les plus élevés sont bien évidemment dans les graines de soja brutes. Les subsituts de viande à base de protéines de soja sont exempts de lectine active et de faibles taux d’activité ont été détectés dans le lait de soja et des produits de boulangerie.

- S’agissant du facteur antithyroïdien, le soja pourrait effectivement induire des effets goitrogènes sur la glande thyroïde mais seulement dans le cas (rarissime en France) d’une carence en iode. Ces choses sont connues depuis très longtemps, Maurice Pestel en parlait dans le « Bulletin de la Société des sciences vétérinaires de Lyon » en 1960 : « Il n’a pas été possible d’extraire du soja de substance goitrogène, mais il semble bien que le « goitre du soja » soit dû à une déficience en iode. »

- La trypsine est une enzyme pancréatique qui permet de digérer les protéines. Les inhibiteurs trypsiques de Künitz et de Bowman-Birk contenus dans le soja comme dans dans bien d’autres aliments dont la pomme de terre, le maïs doux, les crucifères, etc., ne jouent pas un rôle majeur en nutrition humaine, les enzymes humaines y étant très peu sensibles. L’incidence de ces facteurs antinutritionnels est d’autant plus minime que les produits à base de soja subissent en général un traitement thermique avant leur utilisation pour la consommation et que ce traitement inactive ces inhibiteurs à plus de 80%.

Il est vrai que des chercheurs ont constaté que les facteurs antitrypsiques du soja induisent à forte dose l’hypertrophie du pancréas chez le poulet et le rat mais aucune étude à ce jour ne l’a toutefois démontré chez l’Homme (source).

Selon d’autres études, citées par les « Cahiers de Nutrition et Diététique » (36, 2, 2001), des chercheurs (Anderson, Rackis et Wolf) ont même démontré que l’activité des inhibiteurs trypsiques des produits à base de soja était sans effet défavorable sur la croissance des rats.

Dans cette étude japonaise, des chercheurs rappellent que les facteurs antitrypsiques du soja sont associés à la protection contre le cancer chez les animaux, et que les produits à base de soja qu’ils ont analysés ne possèdent plus qu’entre 2,5% et 12,5% de facteurs antitrypsiques.

Enfin, l’un des inhibiteurs, celui de Bowman-Birk, dont il a déjà été démontré qu’il a des effets thérapeutiques dans les maladies inflammatoires et le cancer, aurait même, selon cette étude, une utilité dans le traitement de la sclérose en plaque.

- Au sujet de l’acide phytique, voici ce qu’en dit Claude Aubert dans « La nouvelle assiette, les céréales au menu », éditions Terre Vivante :

« L’histoire de l’acide phytique vaut d’être contée… les expériences réalisées sur des animaux n’ont jamais pu mettre en évidence une quelconque déminéralisation. Mais il y a mieux : on sait maintenant que l’acide phytique est un précieux anti-oxydant, qui contribue à nous protéger contre le cancer et à abaisser le taux de cholestérol sanguin. Voici donc pleinement réhabilité ce constituant que l’on a longtemps cherché à éliminer. »

D’après le Dr Andrew Weil : « Il n’y a aucune donnée scientifique qui suggère que la consommation de soja entraîne une déficience en minéraux chez les êtres humains. » (source)

- En ce qui concerne la prétendue action stéatogène du soja, cette étude tend à prouver exactement le contraire de ce qui est allégué par la WAPF. Là encore, aucune étude scientifique n’a démontré le moindre effet sur la santé humaine.

Allégation n° 16

Il a été constaté chez de nombreux enfants nourris au lait de soja, une altération de la muqueuse intestinale avec dégradation des villosités, favorisant la maladie coeliaque (du côlon).

Quelles sont les sources ?

Allégation n° 17

Le soja et ses dérivés peuvent se trouver dans certaines margarines, dans certains bouillons végétaux, dans les concentrés de protéines végétales, etc.

Exact, et c’est peut-être le seul point avec lequel je suis en accord, des dérivés du soja tels les isolats se retrouvent une foultitude de produits industriels.

*

*          *

Ma conclusion

Le soja est depuis plus d’une décennie l’objet d’attaques complètement outrancières qui sont démontées une à une par la science. Beaucoup de personnes s’étaient détournées de cet aliment plurimillénaire pour d’obscures raisons qui ne tiennent plus la route.

La vérité commence enfin à émerger. Désormais, plusieurs auteurs reviennent en arrière, en témoigne le « rethinking soy », l’exemple le plus frappant étant le revirement des cliniciens et des oncologues qui ne préconisent plus à leurs patientes atteintes du cancer du sein d’éviter le soja (ici et ).

Bien entendu, la culture intensive du soja OGM pour nourrir le bétail est une catastrophe écologique et sanitaire. Mais, cela n’empêche pas certains détracteurs du soja de consommer de la viande issue d’animaux qui ont été nourris avec du tourteau de soja, exclusivement OGM puisque d’importation. Cherchez l’erreur…

Le soja a toute sa place dans le cadre d’une alimentation diversifiée et équilibrée. En France, il est aisé de trouver des produits à base de soja bio sans OGM, cultivé en France, d’excellente qualité et délicieux : tofu ferme (qui existe en version lactofermenté), fumé ou non, tofu soyeux, pâtés végétaux lactofermentés, yaourts, « lait » de soja, etc.

La conclusion à laquelle j’arrive après lecture de centaines de pages d’études sur le soja est que, d’un point de vue nutrition et santé, aucune étude scientifique n’a prouvé la moindre toxicité de la consommation de soja sur l’homme. Au final, le soja présente bien plus d’avantages que d’inconvénients même s’il ne faut pas nier ces derniers, en évitant toutefois de tomber dans la paranoïa qu’internet contribue hélas à diffuser voire à amplifier.

Avec des amis « naturo-blogueurs », je vais bientôt découvrir et déguster le natto, un produit à base de soja très prisé au Japon, une sorte de fromage végétal, au goût assez « puissant » paraît-il… Le natto, qu’on peut aussi trouver de fabrication française, était déjà cité en 1875 dans les annales agronomiques du ministère français de l’agriculture et du commerce.

Cette aventure gastronomique fera l’objet d’un prochain billet.

Merci à Hervé Berbille, ingénieur en agroalimentaire, spécialiste de nutrition, et à Yves Tissier, auteur de « Etre végétarien, le bon choix ? », pour leur relecture attentive de cet article.

Portez-vous bien !

   Florian KAPLAR

© Naturopathie Passion

PS : voici tous les articles sur le soja publiés sur ce blog : http://naturo-passion.com/category/soja-2/

L’air de rien, ce blog est en train de devenir la base documentaire francophone la plus complète sur le soja.

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