Conte à rebours alimentaire..

Conte Bon appétit! (version A5) Le Mendiant.p

MATRAQUAGE

La campagne publicitaire ne connut pas de crescendo : elle fut massive dès le départ et, à la fin de la quinzaine, il fallait avoir joué à l’ermite pour ne pas avoir entendu parler du produit.


L’agence de pub avait bâti un plan marketing aussi rigoureux qu’efficace, à la mesure des énormes moyens mis à sa disposition. Il comportait trois étapes.


Tout d’abord, intriguer. Des messages passèrent en boucle à la radio sur le thème de la nouveauté quasi-révolutionnaire : « Le produit que vous attendiez tous ! », « Le must des stars outre-atlantique ! », « Un goût et une vitalité uniques », « La révolution des habitudes alimentaires »,…


Au même moment, les publicitaires quadrillèrent Internet et ses forums afin d’y répandre quelques rumeurs savamment dosées. Untel revenait des Etats-Unis où il avait assisté à des scènes de quasi émeutes... Une autre – nutritionniste – se croyait autorisée à dire tout le bien qu’elle avait ouï dire du produit... Un troisième avait participé à l’ébauche de la campagne…


Sans jamais dire précisément de quoi il s’agissait, ces témoignages "spontanés" réussirent à créer le buzz et, à en croire la société importatrice, permirent de dépasser le million de téléchargements de la « vidéo pirate » mise opportunément en ligne en fin de première semaine : la publicité américaine pour une boisson rouge sang… dans laquelle apparaissait Madonna !

 
Deuxième étape : occuper le terrain ! 6 435 panneaux de 8 ou 12m² répartis sur 136 agglomérations dévoilèrent en même temps les mensurations d’une boisson « au goût indescriptible », « aux vertus détonantes ! », et à la « fraîcheur mythique ».  Aperçu en moyenne 18 fois sur la semaine par 25 millions de prospects,
[1] le nom de la boisson – Herbobio – et son slogan « c’est bobio la vie ! » se frayèrent sans difficulté un chemin dans l’inconscient collectif.

 
Mais pour ne rien laisser au hasard, des camions Mobil'Pub s’incrustèrent dans les mouvements de population
[2] avec notamment pour consigne de faire la sortie des écoles : les enfants étaient d’excellents prescripteurs et les embouteillages pollués offraient le cadre idéal pour véhiculer la promesse d’une « soif meilleure »…

 
Le design était aguichant : toute en rondeur, la canette en aluminium réussissait à évoquer sans aucune vulgarité une ravissante silhouette féminine. Le packaging, à l’avenant, se composait d’un habile mélange de noir et de paillettes avec une pointe de blanc ou de couleur… selon la version du breuvage !

 
Les explications furent données en presse magazine : chaque couleur répondait à un besoin spécifique. Herbobio Blanc, « enrichi en calcium : l’équivalent d’un verre de lait ! », s’adressait aux enfants en croissance. Herbobio Noir était suffisamment riche en caféine et plantes aphrodisiaques pour « accompagner les hommes qui en ont jusqu’au bout de la folie… ». « Mais en avez-vous ? » interrogeait la publicité.

 
Herbobio Bleu était plus subtil et se vantait de « réguler le stress » et de favoriser « un sommeil réparateur ». Herbobio Vert, « 100% bio et naturel », arborait fièrement le logo AB.
[3] Herbobio Jaune était une version light à base de fruits et légumes « aux vertus amincissantes pour les femmes qui assurent ! » Quant à Herbobio Rouge, il s’agissait de la version standard du produit, à base d’extraits de plantes. Sa consommation régulière promettait de « doper le système immunitaire et favoriser la bonne santé ». Rien que ça !

 
Dernière étape : faire mousser ! Les rumeurs reprirent de plus belle sur Internet. Selon des « sources bien informées », il existait une version argentée aux vertus rajeunissantes, destinée aux vedettes et coûtant près d’une centaine d’euros la bouteille…

 
Nuls ragots du côté des experts mis à contribution mais de savants commentaires sur ces « boissons alternatives très intéressantes lorsque l’on ne souhaitait pas passer pour un 'rabat-joie' et boire de l’eau. »

 
Tout juste émettaient-ils quelques réserves pour Herbobio Noir, une boisson « à consommer avec une extrême modération du fait de ses composants surpuissants.»

 
Exactement ce qu’il fallait dire pour que l’on se précipite dessus…


Le dernier produit miracle va-t-il vraiment révolutionner les habitudes alimentaires ou bien s'agit-il une fois de plus d'une grossière opération de marketing ? Et si les experts se trompaient ? Et si tout cela était déjà en train de se produire ?


Ce petit conte explore les méandres du système agro-alimentaire, dénonce les manipulations auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés et donne les pistes de l'Aliment'action "Haute Vitalité"...


Après le conte écologique De l'air!, voici le conte alimentaire, disponible gratuitement aux lecteurs du blog du Mendiant...

 

Plus de détails sur www.lemendiant.fr


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